« L’objectif de la militarisation de l’Est est le contrôle des populations et non l’éradication des groupes armés »

Les Opérations de grande envergure et l’état de siège ont de facto incrémenté violences et atrocités contre les civils,

En même temps, l’implication de certains officiers de l’armée (FARDC) dans les massacres est de plus en plus manifeste.

Briser le silence imposé par la force est l’un des enjeux actuels pour les habitants du Nord-Kivu et de l’Ituri, pris en tenaille par les bandes des égorgeurs et le dispositif de la peur instauré avec la loi martiale

10/06/2021

« Je dénonce et condamne le massacre d’une vingtaine des civils par les ‘rebelles ADF’ la nuit du lundi 7 au mardi 8 Juin 2021, dans les villages Chani-Chani et Mutueyi situés dans le territoire de Beni, suite à l’immobilité de ceux qui gèrent l’état de siège au Nord-Kivu ».

« … suite à l’immobilité de ceux qui gèrent l’état de siège »…  Jean Paul Paluku Ngahangondi, député et coordinateur national de la Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH), une ONG basée à Beni, ne pouvait pas en dire plus, sous peine d’être illico saisi par le nervis de l’Agence nationale de renseignements (ANR), ou de se retrouver mort et tailladé à la machette après une attaque des présumés « ADF ».

Car les liens de ces bandes tribales de tueurs labellisées ADF avec un réseau d’officiers des FARDC hors hiérarchie officielle sont connus dans le territoire de Beni et en Ituri. Ils ont été établis par nombreux rapports des NU et par des enquêtes indépendantes. Les témoignages de cette relation trouble sont nombreux et récurrents. Lors du massacre de Kinyatsi, le 29 mai, un soldat FARDC ayant participé à l’attaque a été capturé par les villageois. Interrogé, il a déclaré que l’ordre de tuer les civils venait du général Chrimwami, patron de l’Opération Sukola1 censée combattre les groupes meurtriers. Il a été ensuite remis aux autorités militaires qui ont dû admettre son appartenance à l’armée.

Le général Chrimwami sur la sellette

Le cas n’est pas unique. En décembre dernier, des assaillants avaient été tués par la population en colère. On découvrira, quelques jours aprè, qu’il s’agissait de militaires suite aux déclarations à la presse du Général Chrimwami, le 2 janvier : « La population doit savoir que la justice populaire est strictement interdite par la loi congolaise. Au mois de décembre en secteur Ruwenzori, à Mutwanga, Lume et Bulongo, au-moins dix militaires ont été exécutés par la population civile par justice populaire, situation que nous déplorons et condamnons fermement ».

Le général Peter Chrimwami

 

Désormais compromis aux yeux des Béniciens, Chrimwami vient d’être remplacé par le général Bertin Mputela, dont la réputation ne laisse pas bien espérer. Ce gradé est impliqué dans la féroce répression du mouvement Kwamina Nsapu en 2017 au Kasaï et est accusé de crimes de masse par les avocats des victimes.

Entre temps et selon nos sources, des réunions pour coordonner les attaques continuent à avoir lieu entre des colonels de l’armée et les chefs des bandes tribales qui tuent.

C’est ainsi que l’état de siège, comme auparavant les Opérations de grande envergure, au lieu de limiter les meurtres des civils, en a produit l’augmentation.

Après la semaine sanglante du 24 mai, dont le bilan est de 200 victimes dans le territoire de Beni et en Ituri, les violences n’ont pas cessé. En juin on compte déjà plus d’une cinquantaine de victimes des tueries commises à Mayimoya, Djugu,  Boga et Oïcha. De sa part, la société civile de l’Ituri a enregistré 157 morts depuis l’entrée en vigueur de l’état de siège, 250 au moins dans les deux provinces sous administration militaire. 

En conclusion, le nombre des morts augmente de 12% depuis son instauration et par rapport aux statistiques établies à partir du début des massacres, en octobre 2014. Mais le gouvernement verrouille l’information et empêche toute publication ou déclaration à ce propos.

Une victime des massacre in Ituri

Dans Maelezo Kongo du 2 juin (https://maelezokongo.com/2021/06/02/mon-general-les-trois-etoiles-a-vos-epaules-prouve-que-vous-allez-travailler-pour-que-le-sang-de-la-population-de-beni-qui-a-coule-pendant-une-decennie-cesse-detre-verse/), nous avions reporté l’avis d’un expert du dossier qui, sous le sceau de la confidentialité, nous avait déclaré :

« Il est significatif que cette mesure (l’état de siège, ndr) ait été adoptée début mai, après une période de protestations massives des populations locales contre les tueriesCes manifestations étaient en train de virer au soulèvement populaire, avec des actes de justice sommaire contre les militaires considérés complices des meurtres et des pressions exercées sur la force des NU pour qu’elle plie bagages, vue son incapacité à protéger les civils. Maintenant, cette mobilisation a été étouffée, alors que les attaques meurtrières ont redoublé d’intensité. Logiquement, ce n’est pas pour démanteler leurs réseaux criminels que l’Administration militaire a été établie, mais pour éteindre toute velléité de contestation de la part des populations ».   

Selon une autre source, venant de la MONUSCO, « L’objectif de la militarisation de l’Est est le contrôle des populations et non l’éradication des groupes armés. D’ailleurs, on ne pourrait pas expliquer autrement l’intensification des attaques contre la population et la mise en coupe réglée parallèle de cette dernière, privée de tout droit de parole et de manifester ».

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