RDC / Beni : Outrage aux victimes

Le discours du 30 juin du président de la république a été accueilli comme une insulte par les habitants de la ville-martyre, qui ont fêté l’Indépendance en érigeant la statue d’un homme sans tête, symbole de la gouvernance aveugle qui règne sur le pays

« A l’est du pays, aux Nord et Sud-Kivu, les groupes armés locaux et étrangers ont subi ces derniers mois une forte pression et enregistré des lourdes pertes. Plusieurs combattants issus de leurs rangs ont été capturés, démobilisés ou arrêtés, soit rapatriés dans leurs pays d’origine. Les Adf sont à ces jours nettement affaiblies et délogées de tous leurs sanctuaires dans le territoire de Beni. L’armée a réussi à déjouer plusieurs attaques terroristes de cette force du mal qui, de manière très isolée, mène des attaques ciblées contre les populations civiles… Je salue les efforts de nos officiers et nos troupes sur le terrain et ma détermination d’en finir reste vive ».

Le mensonge érigé à vérité d’Etat n’est certes pas une exclusive congolaise. Mais les limites de l’éthique et du tolérable sont franchies lorsqu’il concerne un peuple, celui de Beni, qui est en train de subir, depuis six ans, un martyre véritable. Et qui doit en grande partie son calvaire à ceux qui seraient censés le protéger.

Félix Tshisekedi

Dans son allocution pour l’anniversaire de l’Indépendance, le 30 juin, le président Félix Tshisekedi a maladroitement essayé de camoufler la réalité et rendu l’hommage à une armée dans les rangs de laquelle agissent les forces de l’ombre qui téléguident les massacres des Beniciens. Car contrairement à ses affirmations, les milices qui tuent à la machette les paisibles agriculteurs et leurs familles depuis ce lointain mois d’octobre 2014 ne sont pas « affaiblies ». Et d’autant moins « délogées de leurs sanctuaires », dont par ailleurs, elles  n’ont pas besoin, étant leur déploiement et leurs désengagement prévus à l’avance et sécurisés par les haut gradés de l’armée (FARDC) instigateurs des attaques.

La Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH) fait son compte rendu du mois de juin et trace un bilan bien différent des déclarations de Tshisekedi : « En secteur de Ruwenzori, plus de 15 attaques ADF ont été documentées avec plus de 60 personnes massacrées et plusieurs autres portées disparues ; au moins 5 autres attaques de ces mêmes rebelles dans le secteur de Beni-Mbau, toujours en territoire de Beni ; plus de 7 attaques dans le groupement Banande-Kainama, des meurtres et tortures dans le groupement Baswagha-Madiwe, perpétrés par des miliciens Maï-Maï et bien d’autres ». Idem le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), qui vient de dépasser la barre des 3000 incidents publiés depuis juin 2017 et dénombre plus de 3300 morts et près de 5000 victimes de kidnapping ou d’enlèvement. Cela sans compter l’effusion de sang dans la province voisine de l’Ituri, où dix personnes ont été horriblement exécutées à l’arme blanche le même jour du discours du chef de l’Etat.

Dépités, les habitants de Beni expriment avec dignité et amertume leur colère.  Ils ont fêté le 30 juin en érigent le monument d’un homme sans tête portant le drapeau rouge-jaune-bleu de la République, « expression d’une gouvernance des hommes sans tête, sans âme ni conscience, qui dirigent la RDC », souligne un observateur sur son compte tweeter.  

Auditionné par l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense Ngoy Mukena ne disait pas un seul mot sur les maux qui rongent les populations de l’Est : « Des recommandations fades et insipides. Rien sur l’immixtion des militaires dans les conflits fonciers, rien sur la présence de troupes étrangères, rien sur la complicité FARDC avec certains groupes armés. Impossible de cautionner pareil choix du statuquo ! », tweetait un bloggeur. 

Les Beniciens ne resteront pas éternellement les bras croisés. Dans le Ruwenzori, l’un des quatre groupements du territoire de Beni, les groupes d’autodéfense poussent comme des champignons. L’auto-prise en charge de la sécurité de la part des populations n’est plus à éluder. D’autant qu’une nouvelle délinquance se nourrit de la psychose des agressions. Des jeunes, déguisés en « présumés Adf », terrorisent et rançonnent les paysans qui sont dépouillés de leur cacao… Un cauchemar sans fin.

Luigi Elongui    

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