RDC Tshisekedi dénonce le crime avant de l’assumer

Les décisions prises en soirée d’hier, vendredi 27 mai, par la Conseil supérieur de la Défense (CSD) de la République démocratique du Congo (RDC) de classer le M23 comme mouvement terroriste -et en tant que tel de l’exclure du processus de Nairobi dont on décrète la fin- et d’accuser le Rwanda de le soutenir, tout en prenant les mesures conséquentes d’interrompre les liaisons aériennes avec Kigali et de convoquer son ambassadeur, engagent le gouvernement de Kinshasa dans la double perspective de choisir la solution militaire pour la crise de l’Est d’une part, et d’approcher au point de rupture les rapports diplomatiques avec le Pays des mille colline de l’autre.

Cet aboutissement témoigne que les faucons de l’Armée (FARDC), hostiles aux négociations avec le M23 et à la nouvelle entente avec le Rwanda inaugurée par le chef de l’Etat suite à son avènement au pouvoir, sont la force dominante dans le complexe échiquier congolais.

Le président Tshisekedi en paraît de plus en plus l’otage. Lui, qui avait déclaré, il y a quelques jours et à deux reprises, que son appareil sécuritaire est sérieusement impliqué dans les massacres de civils dans les régions orientales du pays, se trouve de facto amoindri dans le rôle d’un faire-valoir qui valide les desiderata d’une hiérarchie militaire versant dans l’affairisme et les crimes de masse.

Dans la succession de ses actes, mieux de ses prises de parole, c’est comme si, après avoir dénoncé le crime de forces tapies dans l’ombre des FARDC, il l’assumait comme ligne de conduite du régime.

Et il n’est pas anodin que, en corollaire des décisions entérinées par le CSD, les carnages ont repris dans le territoire de Beni, dans le Grand-Nord du Nord-Kivu, où un week-end de sang a démarré dans la matinée de ce samedi 28 mai au village de Beu-Manyama, avec une tuerie à la machette et par balles qui a fait une vingtaine de victimes, selon un décompte de la locale société civile.  

Comme n’est pas due au hasard la prise en charge des opérations contre le M23 par un officier, le général-major Peter Chirimwami Nkuba qui, après avoir joué un rôle majeur dans la planification des massacres de Beni, a rappelé à l’œuvre et encadré les anciens génocidaires des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Avec le double but de les mobiliser dans les attaques organisées depuis novembre 2021 contre l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), aile militaire du M23, et d’installer dans la tension les relations avec Kigali, qui ne pouvait certes pas voir d’un bon œil ce retour en force inopiné d’un groupe qui compte parmi ses leaders des officiers ayant trempé dans le génocide de 1994.

Une escalade dangereuse

Le plan paraît bien ficelé, si l’on considère les développements du CSD et la provocation du 23 mai quand, pendant les combats contre l’ARC, les FARDC ont tiré des roquettes dans deux districts en territoire rwandais, avant d’accuser les troupes de Kigali d’être engagées à soutien du M23. Ce que le Rwanda a toujours refusé en demandant au gouvernement de Kinshasa de fournir les preuves de telles allégations. Et en s’appelant également au Mécanisme conjoint de vérification établi parmi les pays des Grands Lacs.  

L’escalade a connu une nouvelle étape aujourd’hui avec la parution d’un communiqué des Forces de défense rwandaises (RDF) qui accusent les FARDC et les FDLR d’avoir procédé à l’enlèvement de deux militaires rwandais en patrouille en proximité de la frontière congolaise et qui seraient actuellement dans les mains des FDLR.  

Cette évolution demeure porteuse de risques pour la stabilité des relations entre les pays de la sous-région et également sur le plan interne où, les troupes du M23, aguerries et déterminées, n’accepteront pas de se faire tuer par une armée qui ne leur offre pas aucune issue, ni solution négociée.

Toujours sur le plan interne, on se demande si le président Tshisekedi n’ai pas fait un compromis avec l’Armée en prévision d’un glissement de l’échéance électorale prochaine de 2023 : pleins pouvoir aux FARDC et, en retour, que personne ne bronche en cas de reports des scrutin ! Surtout que l’opposition du Front commun pour le Congo (FCC) est en effervescence en ce moment et en profitant de la crise. Son mentor, l’ancien président Joseph Kabila, ne vient-il pas d’appeler « le peuple congolais à se lever comme un seul homme pour dénoncer les actes du gouvernement qui frisent la complicité avec les ennemis de la nation et les acteurs de la balkanisation de notre pays » ?

En ce qui concerne les tensions dans la sous-région, on observe aussi que la mesure d’auto-isolation du pays prise par le CSD avec la suspension des vols d’Air-Rwanda bénéficie certainement à pas mal de pays, de l’Union européenne (UE) par exemple, prêts à couvrir le vide et avec un flux de revenus considérable.

Cela fait réfléchir sur l’attitude d’une part au moins de la dite communauté internationale, qui ne serait pas favorable à un renforcement des relations commerciales et économiques entre les pays de la région -comme celui conséquent à l’entrée de la RDC dans l’East African Community (EAC)- parce l’un de ses effets est une perte de contrôle relative sur le pays RDC et ses ressources.

Les forces agissant sur le plan interne pour torpiller les rapports entre Kigali et Kinshasa pourraient ainsi compter sur des alliés de taille au niveau international…

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