Les mauvais comptes des FARDC dans la guerre qui fait rage à l’Est de la RDC

Alors que les combats qui ont repris le vendredi 20 mai dans le Nord-Kivu et ont été marqués par l’entrée en guerre de la force de la Monusco, aux ordres du général français Benoît Chavanat, en appui à la coalition dirigée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), redoublent en intensité, les opérations d’aujourd’hui sur le front ont fait enregistrer l’avancée des troupes du M23 dans le territoire de Nyiragongo.

Les soldats de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), branche militaire du M23, sont arrivés à une vingtaine de kilomètres de Goma, capitale du Nord-Kivu, selon des informations confirmées par le mwami Kahembe du groupement de Bakumu, où les affrontements se sont déroulés autour des localités de Kibumba et de Buhumba.

Des échanges de tirs et des âpres combats ont été signalés vers 13h00 dans ces lieux par le journaliste proche du régime Stanis Bujakera Tshiamala, qui cite des sources sécuritaires.  

Face à la contre-offensive de l’ARC, dont l’ampleur était peut être inattendue, la cheffe de la MONUSCO Bintou Keïta vient de déclarer : «J’appelle le M23 à cesser immédiatement toutes les hostilités, conformément aux engagements pris dans le cadre du processus de Nairobi, à déposer les armes sans conditions, et à adhérer au Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS) ». Pourtant, la rupture de la neutralité des Casques Bleus, avec la violation du cessez-le-feu établi pendant les Consultations de Nairobi par les FARDC et ses alliés, a aggravé la crise et renforcé la détermination des combattants du M23 à résister, ce ne serait-ce que pour une question de survie.

C’est ainsi qu’en riposte aux attaques de l’armée régulière, la progression des unités de l’ARC a déplacé vers le sud la ligne de front, tout en faisant reculer les FARDC en débandade. En difficulté sur le plan militaire, le commandant des opérations des loyalistes, le général-major Peter Chrimwami, un officier à la réputation sulfureuse, car impliqué dans les massacres de Beni et le recrutement des FDLR -le rebelles hutus rwandais qui ont trempé dans le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda- a mobilisé le bureau de propagande de l’armée pour réagir sur le plan communicationnel.

A partir de 11h30, les réseaux sociaux ont été inondés de messages, vidéos et autres visuels faisant état des succès des « vaillantes FARDC ». Nombreux journalistes ont été mis à contribution, comme Justin Kabumba de France 24 et Fiston Mahamba wa Biondi de Reuters. Une opération médiatico-psychologique qui a reçu le soutien du célèbre journaliste kabiliste Steve Wembi, ce qui témoigne par ailleurs des liens solides de l’armée nationale avec l’ancien régime.  

Le Rwanda comme bouc-émissaire

En même temps, ont également circulé des allégations sur la participation aux combats des Forces de défense du Rwanda (RDF), avec des images montées de toutes pièces d’uniformes de soldats de Kigali retrouvées sur le champ de bataille. Sur ces prétendues incursions rwandaises, le lieutenant-colonel Ndjike, porte-parole des FARDC, a lancé à 13h00 un communiqué plus prudent : « Laissons-nous le temps de bien identifier l’ennemi. Il est encore trop tôt pour parler de tel ou tel autre. Nous services y travaillent et nous allons vous faire l’identification de l’ennemi dans les prochaines heures ».

Militaire et communicationnelle d’une part et de l’autre (le M23 avait publié hier un communiqué contestant les affirmations de part onusienne l’accusant d’avoir repris les hostilités), la guerre bat son plein et son issue paraît incertaine.

Attaqués malgré leur disponibilité à se démobiliser, les militaires du M23 n’ont pas d’autre choix que de se défendre. Côté FARDC, on ne peut que mettre en évidence une conduite en flagrante contradiction avec la décision présidentielle d’entamer le dialogue de paix de Nairobi.

On dirait que son Etat-major, au lieu de répondre aux ordres du chef de l’Etat et de l’Exécutif, privilégie comme interlocuteur et partenaire la MONUSCO, presque toujours sous commandement militaire français et avec laquelle il partage une adversité profonde pour le M23, considéré comme un allié du Rwanda.

Tout cela au nom d’une haine inavouable pour les populations rwandophones de l’Est de la RDC qui, dans le pays de Lumumba, demeure le moteur d’une gouvernance de guerre et de prédation.    

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