Nairobi : vrai dialogue ou leurre ?

Initié le 22 avril dernier, le « Dialogue consultatif entre le Président Félix Tshisekedi et les représentants des groupes armés locaux en République démocratique du Congo » (RDC) se poursuit dans une atmosphère quelque peu ubuesque.

La tenue de ces pourparlers a été établie en clôture du sommet du 21 avril de cinq Etats (sur sept) de l’East African Community (la Comunità de l’Afrique de l’Est), représentés par les quatre présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Félix Tshisekedi (RDC), Yoweri Museveni (Ouganda), Évariste Ndayishimiye (Burundi) et le ministre des Affaires étrangères du Rwanda pour le président Paul Kagame.

La porte-parole adjointe du chef de l’Etat congolais, Tina Salama, avait déclaré à l’issue des travaux que « Le Sommet a décidé d’un double processus: politique, sous la direction du président kenyan pour faciliter les consultations entre la RDC et les groupes armés locaux en RDC, et un autre militaire et sécuritaire sous la direction président Félix Tshisekedi. Le volet militaire et sécuritaire des résolutions de Nairobi décide du déploiement immédiat d’une Force militaire régionale contre toutes les forces négatives internes et étrangères qui n’obtempèrent pas aux résolutions du Sommet ».

Les raisons de la convocation de ce Sommet et des résolutions adoptées sont strictement liées à la reprise des combats, depuis novembre 2021, entre l’armée régulière congolaise (FARDC) et l’ancienne rébellion du Mouvement du 23 mars (M23), qui avait été démobilisée à la fin de la guerre de 2012-2013, et avec laquelle des Accords de paix avaient été stipulés dans les Protocoles de Nairobi en novembre 2013.

Cependant, tout au long de sa longue confrontation avec ce mouvement, dont les antécédents remontent aux années 2000 quand il s’appelait Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), l’Etat congolais a toujours associé aux diverses négociations avec ses dirigeants les autres groupes armés -aujourd’hui ils sont plus d’une centaine- qui sévissent dans l’Est de la RDC. Une manière de noyer le poisson qui, jusque-là, n’a pas donné les résultats escomptés.

Autre élément de perplexité : au lendemain du début des consultations, le samedi 23, les affrontements ont repris sur le terrain entre les FARDC et l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), l’aile militaire du M23. Et, après une courte pause, ils ont redoublé d’intensité au matin du 27 avril. Résultat : les deux délégués du M23, Benjamin Mbonimpa, secrétaire exécutif, et Lawrence Kaniyuka, chargé des Affaires étrangères, ont été expulsé de la salle où les pourparlers se déroulent… sans les principaux concernés.  

Dans les coulisses du « Dialogue consultatif », les observateurs font remarquer la confusion qui règne autour des modalités et de l’organisation du débat. Selon l’édition du 26 avril de Radio France International (RFI), « La liste des participants ne semble pas avoir été établie à l’avance. Elle s’allonge de jour en jour au grès des arrivées. Cela donne au processus ‘un parfum d’improvisation’, déplore un diplomate. D’autant que ces participants ont des profils variés : du groupe armé connu et actif, au groupuscule quasi inconnu, en passant par des chefs traditionnels ».

Une situation qui autorise nombreux doutes. Les autorités de la RDC ont-elles demandé l’organisation de ces discussions pour donner un espoir à la paix dans l’Est du pays ravagé par 28 d’une guerre qui ne dit pas son nom, où prennent-elles du temps dans l’attente que les Etats de la sous-région, le Rwanda et l’Ouganda en particulier, ou la même Force militaire régionale établie le 21 avril, s’engagent directement dans le conflit contre le M23 ? (27 avril 2022)   

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