La guerre en Ukraine et l’Afrique (2). La bataille du Donbass continue… à Gossi

24/04/2022

Pendant que les forces russes intensifient leur offensive dans le Donbass, la région sud-orientale de l’Ukraine, où elles ont occupé des dizaines de petits centres, six missiles de croisière ont détruit le terminal logistique de l’aéroport militaire d’Odessa avec une importante quantité d’armes livrées à l’armée de Zelensky par les Usa et d’autres pays membres de l’OTAN.

Au même temps de la guerre proprement militaire, la bataille informationnelle prend également de l’ampleur et devient un facteur majeur  dans la dynamique du conflit.

Comme relaté le 24 avril par le quotidien indépendant italien online Contropiano, l’agence russe Tass vient de dénoncer une manœuvre en cours dans la ville de Lisichansk, où des journalistes embrigadés par les services ukrainiens (SBU) seraient en train de monter une mise en scène médiatique d’atrocités commises par les forces du Kremlin. « Nous avertissons à l’avance le dit ‘Occident civilisé’ que ces fakes sur des prétendues ‘exactions russes’ seront bientôt diffuses largement dans les médias occidentaux », a déclaré Mikhail Mizintsev, le patron du Centre de gestion de la défense nationale de la Russie.

Par extension, le conflit de l’Est de l’Europe est en train de se globaliser, notamment là où les pays de l’OTAN sont en posture de confrontation avec la Russie ou ceux qui sont censés être leurs alliés. Comme la Chine, qui après avoir signé un accord de coopération sur le plan de la sécurité avec les Îles Salomon, se trouve à faire face à des possibles rétorsions annoncées par Washington.

Au Mali, la présence des mercenaires de la société russe Wagner à côté de l’armée malienne (FAMa) est récemment devenue un facteur de guerre communicationnelle entre Paris, Moscou et Bamako. Son dernier rebondissement a eu lieu suite à la rétrocession de la base militaire de Gossi, ville de la région de Tombouctou, dans le nord, que les militaires de l’opération française Barkhane ont laissé à leurs collègues maliens le mardi 19 avril dernier.

Le lendemain, mercredi 20 avril, le haut-commandement des FAMa y a déployé les premières unités. Puis, pendant la journée de jeudi 21, ont fait apparition sur les réseaux sociaux les images d’une fosse commune située à quelques kilomètres de l’enceinte de la base. La toile a été vite inondée par une série de commentaires accablant les forces françaises.

En 24 heures, ces dernières ont réagi avec la publication, le vendredi 22, d’une vidéo où l’on peut distinguer des soldats blancs trafiquant autour du sable avec des cadavres. Il s’agirait des miliciens de Wagner oeuvrant à la mise en scène d’une fosse commune, ce qui aurait voulu démontrer une provocation informationnelle orchestrée par les Russes. On fait noter dans la vidéo, que les images auraient été tournées à 09h50 de jeudi 21 avril. Chargé de la médiatisation des révélations faites par les militaires de Barkhane via la télévision française, le journaliste Wassim Nasr, expert vedette de la chaine France 24, est réputé proche des renseignements de Paris. Son papier termine avec le rappel des derniers massacres de civils au Mali, dans lesquels l’implication des mercenaires de Wagner est établie selon nombreuses sources convergentes. 

La première réplique est arrivée via le communiqué de l’agence Ria Fan du holding de Prigojine, puissant patron de Wagner et homme de confiance de Poutine. Selon la note, « les propagandistes parisiens ont immédiatement essayé d’attribuer à la Russie la responsabilité de la tragédie ».

Au soir de ce vendredi 22 avril, les FAMa ont lancé leur communiqué. Y est précisé que, suite au détachement de l’armée de Bamako dans la base, ses forces ont essuyé des tirs pendant la nuit de mercredi 20 à jeudi 21 avril. Une patrouille rapidement expédiée dans « l’environnement immédiat du camp » aurait par la suite découvert le charnier.

Ce timing pose le problème majeur avec celui de l’armée française, selon lequel les hommes supposés de Wagner auraient enseveli les cadavres à 09h50 du matin de jeudi 21, et non pendant la nuit. A l’évidence, on ne peut pas travailler à la simulation d’une fosse commune qui a été déjà découverte quelques heures auparavant…

Si l’on peut considérer invraisemblable que les Français commettent une telle bource d’abandonner une base en laissant dans ses proximités une fosse remplie de cadavres, le vidéo de Barkhane pose plus de question qu’elle ne les résout pas.

Les images sont assez floues et puis, pourquoi les militaires de Barkhane étaient aux aguets, certes de déjouer une attaque informationnelle des Russes ? Avaient-ils reçu des informations qui les avaient alertés, comme Nasr le dit dans son compte rendu et en soulignant à plusieurs reprises que des telles images restent d’habitudes confidentielles et avaient été déclassifiées dans ces circonstances spécifiques ?

On doit aussi rappeler que, quelques jours auparavant la cession de la base, les militaires de Barkhane avaient enlevé à Gossi cinq bergers peuls, dont ils n’ont plus donné de nouvelles par la suite. Et que des sources locales, toujours à Gossi, ont confirmé la disparition d’un nombre non précisé de commerçants Touaregs. 

Reste que l’on est partagé entre deux communiqués officiels des deux armées, la française et la malienne, dont l’une des deux ment.

Mais qu’un jour on saura la vérité ou pas sur l’identité des responsables du charnier de Gossi, il est peut-être moins important du fait que le nœud du problème demeure dans les attaques systématiques -en termes de disparitions forcées, exécutions sommaires, tueries et massacres à large échelle- que le civils du centre et du nord du Mali subissent. Et cela au moins depuis 2015, même si les médias occidentaux se hâtent aujourd’hui pour les médiatiser à cause des Russes de Wagner qui en figurent parmi les responsables. Qui sont, comme il est avéré à partir d’une stratégie de contre-insurrection actée avec l’arrivée des OPEX françaises Serval et Barkhane : les FAMa, les militaires français, les milices tribales, les insurgés Djihadistes, notamment la composante liée à l’Etat islamique, et, à l’heure actuelle, les mercenaires de Wagner.

Car celle de Gossi est avant tout une abominable profanation de cadavres, le témoignage macabre d’une autre tuerie de civils innocents et d’un ensauvagement avec un manque absolu de pitié pour les morts dont les proches attendent certainement des nouvelles.

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