La guerre en Ukraine et l’Afrique

L’abstention de nombreux pays africains lors du vote pour valider les sanctions à la Russie à l’Assemblée générale des NU, et celle réitérée pendant la séance du Conseil des droits de l’homme (CDHNU), témoignent d’une perception particulière du conflit qui se déroule dans l’Est de l’Europe, et qui est propre à la majorité des pays du Sud de la planète. 

La diabolisation du chef de l’Etat russe Vladimir Poutine comme responsable unique de la guerre en Ukraine ne convainc pas lorsqu’on connaît les raisons qui ont poussé le Kremlin à envahir son voisin. Ce dernier étant de plus en plus, et depuis 2014, sous influence politique et militaire des pays membres de l’OTAN, la puissante alliance atlantique issue de la fin de la Seconde guerre mondiale,  notamment des Usa et avec le risque d’installation d’ogives nucléaires sur son sol, était devenu une menace sérieuse pour la sécurité de Moscou.

Ainsi la guerre a été perçue comme une confrontation par procuration entre l’axe de domination euro-atlantique (Usa, OTAN, Ue) et le nationalisme panrusse et panslave  des autorités du Kremlin. 

L’enchainement des événements depuis le 24 février, date du début des hostilités, a par ailleurs mis en évidence la volonté des puissances occidentales, qui ne cessent pas de renforcer l’arsenal militaire de l’Ukraine, de privilégier l’extension du conflit dans le temps, au lieu d’œuvrer pour les pourparlers de paix. Mevlut Cavusoglu, le patron de la diplomatie turque, l’a fait remarque le 21 avril en affirmant, à la Cnn turque, qu’ « Il y a des pays de l’OTAN qui veulent une guerre durable afin d’affaiblir la Russie ». Ce qui questionne aussi, étant la Turquie un pays membre de l’OTAN.    

Tous ces faits illustrent une autre réalité qui se dessine autour du fracas des armes et des discours de propagande. « L’Occident n’a jamais été aussi étroitement aligné, mais il a rarement été plus seul », déclara à la mi-mars sur le Wall Street Journal  le professeur américain de relations internationales, Walter Russel Mead. 

En effet, si l’objectif des faucons de l’OTAN était de piéger le maître du Kremlin dans un bourbier qui en aurait provoqué la mise au ban de la « communauté internationale » et la chute conséquente, on doit constater que cela s’est retourné comme un boomerang contre les apprentis sorciers qui peuvent au contraire vérifier un isolement jamais vu de l’Occident.

Alors qu’on s’approche aux deux mois de l’intervention des troupes russes au-delà des frontières ukrainiennes, la guerre en cours paraît désormais comme la façade d’un vaste affrontement qui se configure entre le bloc euro-atlantique favorable à un monde unipolaire sous guide Usa et une majorité de pays favorables au pluri-centrisme. Pays qui constituent un ensemble hétéroclite davantage qu’un bloc à proprement dire.

Il s’agit d’un cadre en devenir, avec des fenêtres de nouvelles opportunités ouvertes aux pays d’Afrique. Ceux-ci pourraient en gagner en espaces de manœuvre sur le plan politique, diplomatique et militaire. A condition de ne pas persister dans la posture de l’auto-dépendance.

21/04/22. L.E.

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