La guerre « française » sur les hauts plateaux de l’Itombwe

La traque de la communauté munyamulenge et les attaques contre ses groupes d’auto-défense (Twirwaneho et Gumino) mobilisés pour en assurer la protection se déroule depuis 2017 selon les théories et les modalités de la contre-insurrection puisées dans la Doctrine de l’Ecole militaire française, dite de la « Guerre révolutionnaire » (DGR).

En attendant de développer une analyse plus détaillée, nous proposons un schéma interprétatif des procédés des forces agissant dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga au Sud-Kivu (Est de la république démocratique du Congo, RDC), dont l’assemblage, les convergences et les méthodes témoignent de l’application conceptuelle et pratique de la DGR.

L’ensemble des opérations gravite autour de la stratégie et de la tactique de l’armée congolaise (FARDC), qui dirige les initiatives militaires et agit éventuellement de concert avec des forces régionales.

Le général Mundos

1 Présence de force spéciales et d’officiers déjà impliqués dans les actions secrètes menées contre les populations civiles. Le général Akilimali Mundos, l’un des artisans majeurs des massacres de Beni, a dirigé la 33ème  région militaire, dont le Sud-Kivu fait part, de septembre 2018 à juillet 2020. Son ancien adjoint à Beni, le général Dieudonné Muhima, a été sur place de mars 2020 à juin 2021 comme adjoint aux opérations de renseignements et commandant de la 12ème Brigade de réaction rapide, une unité d’élite. Commandant de la 3ème zone de défense militaire, le général Philémon Yav, dit « le Tigre » et proche de l’ancien président Joseph Kabila, est sur le terrain depuis le 26 juin. Après son arrivée, les exactions contre les civils se sont intensifiées.

2 Utilisation des milices supplétives. L’application de la DGR en prévoit l’utilisation pour traquer les civils. Dans ce cas, il s’agit de bandes tribales, dites Maï Maï, et d’une formation d’opposants burundais, Red Tabara, infiltrée et téléguidée par les forces spéciales de l’armée rwandaise (FDR).

3 Attaques contre les civils. Elles sont la pièce maîtresse de la « Guerre révolutionnaire » : il s’agit de traquer les « arrières » de la « rébellion », les communautés banyamulenge supposées soutenir Gumino et Twirwaneho. Groupes qui se sont en réalité organisés après le début des attaques des Ma¨Maï. Ces derniers ont provoqué la mort de dizaines de personnes, incendié de nombreux villages et pillé le bétail des Banyamulenge.

4 Action Psychologique (PsyAct) et Communication de guerre. Dans la « guerre antisubversive », ce sont les armes létales pour dissimuler les faits, qui doivent être lus à l’envers (la victime présentée en agresseurs, comme dans le cas de Kipupu, relaté par Maelezo Kongo : https://maelezokongo.com/2020/07/26/la-communication-est-une-arme-de-guerre-2-est-de-la-rdc-les-cas-de-kipupu-dans-les-hauts-plateaux-de-litombwe/). Petit rappel sur le rôle du général Muhima ; « A l’époque de son affectation à Beni, cet officier s’occupait de l’encadrement des journalistes et des autorités civiles afin qu’ils demeurent alignés sur les consignes données par l’Armée en matière d’information ». La PsyAct est aussi œuvre d’intimidation, assortie de menaces, contre tous ceux qui contestent les versions officielles des événements.

5 Torture. Elle n’est pas utilisée systématiquement. Mais des procédures similaires sont pratiquées, dans un contexte où les assassinats ciblés et les arrestations extrajudiciaires deviennent fréquents. Le 13 juin, les FARDC ont arrêté une dame munyamulenge qui a été enfermée pendant plusieurs jours dans un container avec son bébé sur le dos. Parmi les femmes banyamulenge qui se sont mobilisées pour demander sa libération, cinq ont été tuées à bout portant par les FARDC sur ordre du général Yav. 

Mises à part les figures « classiques » de la DGR, deux éléments importants caractérisent le cadre de la contre-insurrection sur les hauts plateaux de l’Itombwe.

La manipulation du sentiment identitaire et l’utilisation du racisme profitent de la présence des extrémistes des ethnies vivant à proximité des Banyamulenge et des groupes Maï Maï, qui ne veulent pas reconnaître ces derniers comme Congolais. D’autre part, la conséquence de cette attitude (qui n’est pas exclusive, les Banyamulenge vivant en paix et harmonie avec les autres communautés dans pas mal d’endroits du Sud-Kivu) s’inscrivent dans un processus d’épuration ethnique des Banyamulenge, ce qui est la vraie finalité du régime de Kinshasa et ses alliés dans la « Guerre révolutionnaire » contre ces derniers.

Pour terminer, nous attirons l’attention sur un dernier élément, qui doit faire objet d’une recherche approfondie : le contexte régional avec l’intervention de deux acteurs externes, l’Etat rwandais et un groupe rebelle burundais.  

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