RDC / Mali. Attaques contre les civils : analogies emblématiques

Selon le communiqué du BCNUDH (Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme) du 5 août, entre janvier et juin 2020, les violations aux droits de l’homme en République démocratique du Congo (RDC), chiffrés à 4113, sont augmentées du 35% par rapport à la même période de 2019. 43% de ces violations sont le fait de l’armée et de la police nationales, qui se sont rendues responsables de 225 exécutions extrajudiciaires, dont on compte 33 femmes et 18 enfants.

Le 7 août au Mali, le porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) a fait état d’une augmentation des abus contre les civils. Sur les 632 cas recensés au deuxième trimestre de cette année, 126 sont imputés à l’armée et à la garde nationale, dont 94 exécutions sommaires.

Pour la plupart des observateurs, ces bilans en matière de violations des droits humains sont considérés accablants. 

Genéral Mbala, chef d’Etat-major de l’armée congolaise

Toutefois, la RDC et le Mali partagent nombreux points en communs dans les développements de leurs crises aux origines assez différentes, datées respectivement en 1994 et 2013. L’analogie principale dans ces deux pays de l’Afrique subsaharienne consiste dans la formation, l’utilisation et la manipulation -de la part des forces armées congolaises (FARDC) et maliennes (FAMA)- des groupes armés et de milices supplétives qui ont pour cible privilégiée les populations civiles.

Général Coulibaly, chef d’Etat-major de l’armée malienne

Changer la Doctrine des Armées

En RDC, nombreux rapports des Nations unies et recherches d’analystes indépendants ont mis en lumières les connexions entre les officiers d’une chaine de commandement parallèle et les milices tribales qui tuent depuis six ans à Beni, dans l’Est, et que l’on appelle « ADF ». Tout comme sont avérés le support en armes et uniforme au groupe NDC de Walikale, dans le Nord-Kivu, et le soutien apporté aux miliciens Maï Maï du Sud-Kivu qui font la guerre à la communauté munyamulenge.

Au Mali, la situation est pratiquement la même. On lit dans le rapport de la Minusma cité ci-dessus, que « Dans certains cas, les Forces armées maliennes se sont associées avec des groupes d’autodéfense dogon pour commettre des atrocités dans des villages peuls. Le cas le plus emblématique est celui du 5 juin, lorsqu’un convoi militaire d’une trentaine de véhicules accompagné de chasseurs traditionnels a pris d’assaut le village de Binedama. Ils ont ouvert le feu sur les villageois, tuant 37 personnes, dont trois femmes et trois enfants ».

Loin d’être des bavures ou des agissements de groupes incontrôlés de soldats, ces faits témoignant d’une stratégie de contre-insurrection, propre d’une Doctrine militaire spécifique, qui s’applique en terrorisant les populations avec des tueries à répétions visant souvent une communauté particulière : les Peul au Mali, les Nande, les Hema et les Banyamulenge en RDC.  

Si l’on prend acte de cette réalité, la lutte contre l’impunité des responsables des exactions doit être accompagnée d’une réforme en profondeur du secteur de la sécurité, notamment au niveau de la Doctrine.

Celle de la plupart des armées africaines issues de la décolonisation est basée sur la répression des civils au lieu que sur leur protection et sur la défense du territoire national.

Luigi Elongui

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