LA COMMUNICATION EST UNE ARME DE GUERRE (2). EST DE LA RDC : LES CAS DE KIPUPU, DANS LES HAUTS PLATEAUX DE L’ITOMBWE

Un massacre de civils très médiatique et sans preuves relance la bataille de l’information dans le Sud-Kivu en proie à un conflit à l’heure actuelle sans issue  

Le 16 juillet dernier à Kipupu, en territoire de Mwenga, dans le Sud-Kivu, la base de la milice « Maï-Maï » de Trésot Mtetezi Kibukila, alias Ebuela, a été attaquée par Gumino et Twirwaneho, deux groupes banyamulenge : le premier est une formation politico-militaire créée pour la protection de la communauté et le deuxième une structure d’autodéfense civile avec les mêmes fonctions.

Les « Maï-Maï » sont des bandes armées d’extrémistes qui, dans le Sud-Kivu, ciblent principalement les éleveurs banyamulenge vivant dans les monts surplombant Mwenga, Fizi et Uvira. Ces derniers sont considérés étrangers par certains leaders des ethnies Nyindu, Bembe, Fuliru et Vira .

Soldée par cinq victimes du côté des « Maï-Maï Mtetezi », selon la plupart des observateurs indépendants, dont le Baromètre sécuritaire du Kivu qui réévaluera plus tard ce bilan à dix-huit morts,  l’attaque avait été menée suite aux incursions du 10 et 13 juillet des hommes d’Ebuela dans le village de Kalingi. Un pasteur avait été tué avec une deuxième victime, d’autres blessées et centaines de vaches razziées. 

Quatre jours après les affrontements de Kipupu, une trentaine de députés du Sud-Kivu lisent à la presse une déclaration faisant état de plus de 200 morts, dont femmes et enfants, parmi les habitants du bourg. Depuis Kinshasa, les membres de la communauté munyamulenge de la capitale régissent en niant les nombre de victimes évoqué par les élus sud-kivutiens. Ils rappellent la traque subie depuis trois ans par leurs congénères dans l’Itombwe, dont les vaches sont pillées, les villages incendiés et les populations, décimées et en fuite, enfermées dans des camps de concentration.

A l’intérieur du périmètre du Sud-Kivu, en bas à droite, la zone du conflit

La bataille de la communication est engagée. D’une part, l’intervention médiatique des députés de la province ouvre la voie à la diabolisation des Banyamulenge. Dans les réseaux sociaux,  les pulsions tribalistes se déchaînent et des activistes sans scrupules font défiler les images des massacres de Beni en les faisant passer pour celles des victimes de Kipupu. De l’autre, on fait remarquer le caractère d’intox ou de fake de la communication des députés, dont le texte est farci d’allégations improbables : on y affirme la présence, parmi les attaquants de Kipupu, du groupe burundais Red Tabara qui, au contraire, est depuis 2017 l’allié inconditionnel des « Maï-Maï ».

Indignation sélective  

Les FARDC, qui ont toujours laissé faire les « Maï-Maï » et seraient impliquées dans un plan de déracinement et déportation des Banyamulenge, se cantonnent dans l’aphonie. La mission onusienne (MONUSCO), elle, fait preuve d’un certain embarras. Selon son porte-parole Karna Soro, « il est difficile, avant toute enquête, d’avancer  des chiffres avérés sur le nombre des victimes de l’attaque entre milices armées, dans une localité où la MONUSCO et les FARDC ne sont pas présentes ». 

On fait remarquer, sur le front adverse, que toutes ces voix indignées que l’on entend ne se sont jamais levées quand les Banyamulenge comptaient leurs victimes civiles, leurs têtes de bétail volées ou leurs maisons mises à feu. Un silence tombal, comme celui du mouvement citoyen Filimbi jusqu’à maintenant. Qui se manifeste en revanche subitement en réaction aux événements de Kipupu, avec un communiqué (n° 31 du 23 juillet),

On y fait état de « crimes odieux », par les assaillants de Kipupu, de « victimes décapitées à la machette et de femmes violées ». Ce communiqué, dans lequel on ne cite pas les sources, est cosigné par le coordonnateur du mouvement Floribert Anzuluni, proche des faucons babembe et « fils du feu Anzuluni Bembe, l’extrémiste mobutiste qui est à l’origine de la radicalisation de Babembe d’Itombwe! », nous fait remarquer l’une de nos sources proche du dossier.

Le général Muhima en action ?

Si l’un des deux camps de la guerre de l’information (et de la désinformation) opère publiquement -Twirwaneho a publié, le 17 juillet, un texte pour revendiquer son droit de poursuite de ceux qui attaquent sa communauté et nier l’existence de victimes civiles à Kipupu-, dans l’autre camp, tous n’agissent pas à visage découvert. Ce qui est par ailleurs, propre de l’action psychologique inhérente à la guerre communicationnelle.

On se pose en effet la question de savoir qui est derrière la mobilisation des députés qui ont relayé l’information des 200 victimes.  Et on doit à ce propos rappeler qu’au Sud-Kivu, notamment dans cette guerre des « Maï-Maï » contre les Banyamulenge, le général Dieudonné Muhima, patron de la 12ème Brigade, joue à partir de mars dernier un rôle très actif. Depuis le départ, annoncé par le remaniement récent de l’Armée, de son ancien chef, le général Mundos, Muhima est l’homme fort des FARDC dans le secteur.  

A l’époque de son affectation à Beni, où il épaulait Mundos dans le recrutement et le déploiement des milices tribales qui tuaient les civils, cet officier s’occupait de l’encadrement des journalistes et des autorités civiles afin qu’ils demeurent alignés sur les consignes données par l’Armée en matière d’information.

La bataille de la communication en temps de guerre de moyenne intensité est tout d’abord une affaire de militaires. Peut-être  inquiets de la résistance des Banyamulenge, ces derniers auraient pu recourir à l’arme également létale de la communication. 

Luigi Elongui    

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