« ADF » : de qui le « diable » est-il le nom ?

« Ceux qui tuent à Beni ont signé un pacte avec le diable… Ils ont trouvé ça comme un travail, ils se sentent heureux de tuer leurs frères et leurs sœurs, et moi je me demande s’ils ont encore un cœur, s’ils sont vraiment possédés ».

Evêque de Butembo-Beni, dans l’Est de la république démocratique du Congo (RDC), où depuis presque six ans des escadrons de la mort massacrent des paysans désarmés, Mgr Sikuli Paluku Melchisédech n’a pas nommé le « diable » de la célèbre métaphore dans l’interview qu’il a accordée à Radio Moto Butembo Beni le mardi 26 mai. Néanmoins, pendant l’entretien, le prélat catholique n’a pas manqué  de poser la question sur le « sens du patriotisme » de « certains » éléments de l’Armée (FARDC), que la population considère impliqués dans les tueries. 

Ces dernières ont repris avec intensité depuis le début du mois de mai, avec 86 victimes, 140 si l’on compte celles de l’Ituri. A Eringeti, à Abyalose, à Linzosisene, les habitants en deuil alignent les cercueils. A partir d’octobre 2014, on calcule environ 4000 personnes tuées et des centaines disparues. 

 Deux jours après l’intervention de l’homme d’Eglise, cinq agriculteurs qui se rendaient aux travaux champêtres ont été découpés à la machette à Ntombi, à une cinquantaine de kilomètres à nord-ouest de Beni. Le député Jean-Paul Ngahangondi de la Convention pour le Respect des Droite de l’Homme (CRDH) a commenté : « Nous continuons à perdre les gens à Beni où il y a plus au-moins 23000 éléments FARDC ». Tout est dit. 

Après le  massacre de Ntombi, en décembre 2019

Les localités des récent forfaits de ceux que l’on appelle les « présumés ADF » se trouvent pour la plupart dans le « triangle de la mort » sur la route entre Beni-ville et l’Ituri en passant par Eringeti, l’axe le plus peuplé du territoire. Proche d’Eringeti, Ntombi avait été déjà endeuillé par trois autres carnages, en novembre 2015, février 2016 et décembre 2019 (photo).

Dans le premier, et selon les allégations d’un rapport confidentiel des Nations Unis en 2016, le colonel Joseph Tipy Ziro Ziro, commandant du 312ème bataillon de la 31ème brigade aux ordres du général Mundos, aurait collaboré avec les exécuteurs du massacres, une milice ethnique nommée « Groupe Matata ». 

Pour ces faits, ce haut-gradé des FARDC a été auditionné le 8 février 2016 par les magistrats de l’Auditorat militaire de Beni-Butembo qui avaient « ouvert une enquête sur les crimes de guerre  et d’éventuelles négligences de l’armée dans la protection des civils », selon la radio onusienne Okapi. Diligentée par le général Mukuntu, envoyé à Beni dans les valises de la 31ème brigade en octobre ’14 par l’ancien président Joseph Kabila, l’enquête n’a pas eu des suites…  Cependant, selon le rapport cité ci-dessus, le général organisait le trafic de l’or avec les chefs du « Groupe Matata », dont il dirigeait le déploiement, et auxquels il fournissait armes et uniformes.

Depuis presque six ans, Tipy Ziro Ziro demeure opérationnel dans la même zone, entre Eringeti et Djugu (Ituri). A Beni, son nom est sur les lèvres de tous ceux qui osent citer en privé les militaires de l’Armée qui téléguident les crimes.

De qui le « diable » est-il le nom ?

Luigi Elongui

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