« Qui est l’ADF et qui est la police… ? »

Ce mardi 26 mai se déroulent les obsèques  de Freddy Kambale (photo), militant de la Lutte pour le changement (LUCHA), tué par la police le jeudi 21 à Beni pendant une manifestation pacifique contre la résurgence des massacres dans le territoire.

Entre le 12 et le 17 de ce mois, des dizaines de civils ont été assassinés dans le groupement de Bambuba-Kisiki.

La réaction violente  des forces de sécurité contre la mobilisation « citoyenne » met en évidence des connivences inavouables et désormais connues avec les escadrons de la mort qui sévissent depuis octobre 2014.

Mais les langues commencent à se délier…

Après la messe célébrée à la paroisse Sainte Thérèse d’Avila, la dépouille mortelle de Freddy Kambale a été conduite à sa dernière demeure, au cimetière de Kimbangu, dans la commune de Bungulu.

L’émotion de la population de Beni est vive pour ce nouveau meurtre d’un jeune en lutte contre les carnages périodiques qui déciment les habitants du territoire depuis bientôt six ans. 

« Faites-vous massacrer et taisez-vous ! »

Parmi ceux-ci, moult considèrent la répression violente de la mobilisation contre les massacres comme la preuve de la complicité des hautes hiérarchies de l’appareil sécuritaire avec les assassins. « On se fait massacrer et on doit se taire », murmurent les Beniciens, convaincus de l’existence d’une main noire qui serait à l’origine de la terreur depuis le début des tueries en octobre 2014.

Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi, responsable de l’Ong Convention pour le Respect des Droites de l’Homme (CRDH) du Nord-Kivu a « qualifié d’inacceptable ce meurtre prémédité par un élément de l’ordre pourtant censé sécuriser la population ». L’élu de Beni a invité les autorités à  « poursuivre tous les coupables et que justice soit faite pour Freddy Kambale ». Il s’est ensuite posé la question cruciale : « Si la police a pu tirer sur les jeunes militants non armés, qu’est-ce qui nous empêcherait de dire qu’elle serait de mèche avec ceux-là qui nous tuent par machette chaque jour qui passe ? Qui est l’ADF et qui est la police, car  nous voyons que tous nous tuent ? Il est temps que la police soit recyclée, car en son sein l’on constate qu’il y a des rebelles qui doivent être traqués au même titre que les ADF ».

De son côté, la Société civile du groupement Bambuba-Kisiki, secteur Beni-Mbau, a décrété une série des journées de deuil et la paralysie de toutes les activités sur l’ensemble du territoire.

Les forces spéciales président à la terreur

Ce nouveau crime d’Etat a eu aussi un écho diplomatique.  Dans un communiqué divulgué le vendredi 22, les Etats-Unis plaident pour « qu’une enquête appropriée soit diligentée et que toute personne dont la culpabilité aura été établie réponde de ses actes ».

Après une pause en avril, le mois de mai a été particulièrement meurtrier pour les habitants du territoire. Notamment dans ce que l’on appelle « le triangle de la mort », sur la route qui mène vers le nord, en Ituri. Pendant la nuit de mardi 12 à mercredi 13, dans les environs d’Eringeti, les assaillants, étiquetés « ADF » par les autorités, ont massacré une quinzaine de paysans, dont huit Pygmées.  Quatre jours plus tard, on a compté sept morts et plusieurs maisons incendiées dans une nouvelle attaque à Kokola, localité située à Bambuba-Kisiki.

Les Beniciens qui manifestent contre l’ « inefficacité de l’Armée » savent en réalité qu’au sein de cette dernière agissent les officiers responsables du déploiement des tueurs labellisés « ADF » par dissimulation.

Nombreux rapports d’Ong, comme le Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC), et d’experts des Nations Unies, ont cité la 31ème Brigade des Force armées (FARDC), envoyée à Beni par Kinshasa pendant l’été 2014, comme le vivier des forces spéciales qui, sous la direction d’un Etat-major clandestin, ont procédé à l’organisation de la terreur en manipulant des groupes armés pré existants . Parmi les haut-gradés les plus cités : le général Akilimali Mundos, le colonel Dieudonné Muhima (les deux sont à l’heure actuelle opérationnels au Sud-Kivu), le colonel Frank Bwamunda Ntumba, à l’époque membre du Conseil national de sécurité (CNS), dépêché sur place par Kabila en juin 2013, et le général Peter Chirimwami, n° 2 de l’opération Sukola, censée éradiquer … les « ADF ».  

De tout cela, les chancelleries et les habitants de Beni sont au courant. Quand la chape de la terreur sera brisée et que les langues se délieront, un premier pas important sera fait pour que le sang arrête de couler et les criminels soient livrés à la justice.

Luigi Elongui  

Un commentaire

  • Merci pour cette analyse, petit détail, Dieu-donné Muhima est devenu général et n’est plus colonel. Etonnant tout de même car il était le commandant ville de Beni lors de l’assassinat de Mamadou

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