Faya Tess au temps des classiques

Chef d’œuvre du génie congolais, la rumba a rassemblé pendant un demi-siècle les mélomanes de toute l’Afrique qui de Nouakchott au Cap, dansaient sur les tubes de ses ténors. Voix de crooners, swing élégant, guitares en boucles, atmosphères jubilatoires…  la yuca* éternelle est à la fois fille du terroir et d’un grand métissage de son cubain, de jazz et de genres de la côte atlantique du continent.  Faya Tess en célèbre depuis 2014 les fastes avec la collection Au temps des classiques, rappel généreux et émouvant d’un style qui a été art du savoir vivre, cadre sonore d’une urbanisation frénétique rythmée par ses sébènes* en folie. Révélée au public international en 1987 suite à la parution de l’album Nadina, enregistré pour l’Afrisa International du Seigneur Rochereau, son mentor, et avec Mbilia Bel, la vocaliste originaire du Kasaï s’impose vite par les grâces d’une voix étendue, limpide et incandescente qui la propulsera au rang des meilleures mélodistes du continent. 

Appelée la sirène d’eau douce, Kishila Ngoy -c’est le vrai nom de l’artiste- entame au début du millénaire une carrière en solo et publie des albums de succès comme Sam Tora, Keba, Libala à temps plein, Désolée. Ses classes d’école avec Tabu Ley Rochereau -l’une des trois « cathédrales » de la musique congolaise avec Joseph Kabasele et Franco- et ses talents d’interprète extraordinaire la motivent à se lancer dans l’aventure d’Au temps des classiques. Les volumes 7 & 8 (Production & Distribution André Tetu), parus récemment, sont consacrés aux figures incontournables de la rumba, chanteurs au verbe poétique, ambianceurs hors pair et instrumentistes au doigté imparable : les Youlou Mabiala, Madilu System, Ntesa Dalienst, Papa Noël et autres Moutouari Kosmos, qui ont animé la scène unique et départagée par les eaux du Pool Malebo qui séparent Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus proches au monde. Un voyage retentissant de souvenirs et également une œuvre louable de conservation d’un patrimoine en péril. « Je me mets au temps des classiques pour montrer d’où on vient et où on veut aller », dit Faya Tess avant de poser devant le micro sa voix d’ange et convier son public au voyage dans la Belle époque

*On l’appelle ainsi du nom du grand tambour de la forêt équatoriale

*Le mot « sébène » vient de la déformation du mot anglais seven (sept), car il veut dire « accord de septième », qui marque le changement de rythme avec une exécution à la guitare longue et ouverte à l’improvisation.

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